Lois repressives et situation des détenus: témoignage sur la maison d'arrêt de Nîmes

Publié le par Odace


Témoignage après le rapport sur des violences à la maison d’arrêt de Nîmes

 

Une affaire exceptionnelle

 

Dans cette période où le président et la garde des sceaux publient une avalanche de recommandations et de projets tous plus répressifs les uns que les autres, il n’est pas inutile de se pencher sur la situation des détenus.

 

Ce que je  connais des prisons est fort limité : la presse, la télévision, et les textes et rapports des associations comme l’OIP et l’Association nationale des visiteurs de prison, dont je suis membre.

 

Je suis visiteur de prison depuis trois ans à la Maison d’arrêt de Nîmes, dont je ne connais que l’entrée, le couloir « administratif », l’escalier qui mène au parloir et les « cabines » du parloir.

 

Mon attention a naturellement été attirée par l’article de Midi Libre du 3 décembre, et du Monde du 4 décembre, intitulé « Nîmes, un détenu agressé, les surveillants en cause ». Le rapport de la CNDS, Commission nationale de déontologie de la sécurité, est publié en raison «  du refus de la garde des sceaux de prendre la mesure de l’extrême gravité du comportement de ses fonctionnaires ».


Eric Martinez, condamné en 2006 à la perpétuité pour le meurtre d’une jeune fille en 2004 a été dit la CNDS « victime d’une agression préméditée de la part de plusieurs détenus, une attaque commando au caractère exceptionnel ». Cette attaque n’a pu se faire que parce que des gardiens ont sciemment ouvert les portes de certaines cellules. Le gradé a écopé de 5 jours de suspension avec sursis et les gardiens de lettres d’observation !

Sévérité pour les uns, laxisme pour les autres.

 

Un témoignage personnel

 

J’ai rencontré une trentaine de détenus depuis trois ans ; pour la plupart d’entre eux, ils subissent leur peine sans trop de difficultés et dans l’ensemble les gardiens se comportent très correctement avec eux.

 


Toutefois, les auteurs de délits ou crimes sexuels sont très souvent menacés et rejetés par les autres détenus. Une hiérarchie est installée dans la prison, tant chez les détenus que chez les gardiens : mieux vaut être dealer ou voleur que pointeur (auteur de viols ou d’attouchements).

 



Trois faits :

 

  • A la fin d’un entretien que j’avais avec un détenu « pointeur », le gardien fait entrer dans le parloir un jeune «  dealer » auquel il propose aimablement de s’assoir dans une cabine du parloir et il commente : « mieux vaut ces jeunes que ces sales pointeurs ».
  • Un autre détenu « pointeur », qui vient d’arriver, me dit avoir été déjà menacé plusieurs fois et frappé dans un escalier par des détenus. Il a déposé plainte auprès du directeur.
  • Un détenu également « pointeur » et âgé m’affirme avoir été rossé par un détenu dont la cellule proche de la sienne avait été complaisamment ouverte par un gardien.

 

Je ne pense pas que la Maison d’arrêt de Nîmes soit un cas spécial. Certes, l’univers carcéral est dur et violent. Mais dans le même temps où l’on remplit les prisons et où l’on fait de grands discours sur la nécessité d’avoir des prisons « propres » et d’aider chaque détenu à se réinsérer, on devrait exiger des gardiens un comportement exemplaire. C’est le cas de la grande majorité semble-t-il.
Raison de plus pour punir ceux qui concourent à l’avilissement des détenus.


Pascal Forbin 

 

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Publié dans Société

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