Du « Ruban blanc » au drapeau Bleu
Blanc Rouge
Le ruban blanc, l’absence dl’identité
Ce film tragique et magnifique de Michel Haneke, dessine le portrait parfois terrifiant de
quelques personnages dans un village d’Allemagne du Nord, juste avant la première guerre mondiale.
Le pouvoir appartient au baron, riche propriétaire d’une femme et de terres que des
paysans plus ou moins serviles cultivent, tout en vivant dans la misère ; la morale est imposée par un pasteur rigoriste, puritain et autoritaire. Un médecin, particulièrement pervers et
méprisant, participe à cette domination violente de tous les habitants ; et d’abord des enfants, maltraités, battus, violentés.
Film en noir et blanc, mais plein de lumières variées, d’ombres et de soleil, implacable et splendide, qui assène une image bouleversante d’une humanité sans identité.
Car ces détenteurs de l’autorité n’ont d’autre identité que leur pouvoir ; ils sont
réduits à leur rôle, à leur prédestination. Ils écrasent toute identité naissante chez les enfants. Il n’y a pas d’autre issue que la fuite ou la violence.
Peut-on définir
l’identité ?
Dans le débat actuel, il serait sans doute utile de commencer par se demander ce qu’est l’identité. Car avant de penser nation, il convient certainement de penser, individu, citoyen.
L’identité est d’abord celle d’un corps, d’un physique, si important de nos jours qu’on
cherche beaucoup à l’améliorer, le changer. « Le rapport à notre corps fait intimement partie de la construction de notre identité
personnelle » écrit Florence Quinche (Introduction à l’éthique, Labor et Fides , 2009) qui fait référence au sociologue Jean Claude Kaufmann parlant « d’un corps visible, d’un corps sensible, d’un corps secret ».
Donc une peau, une couleur, une taille…
L’identité est aussi bien évidemment sexuée, même si nos sociétés modernes et
« développées » vivent entre «l’effacement de la différence et l’affirmation identitaire
radicale » (Elisabeth Parmentier, op cité). L’identité fait aussi référence à des attitudes et croyances morales, politiques, religieuses.
Dans l’individu, rien n’est définitivement fixé ; il est toujours en devenir, en
mouvement. Ainsi que l’écrit* Jean Claude Kaufmann, « l’identité est du côté de la production de sens et non de celui des
« racines »…Chaque décision, même les plus minuscules engagent toujours toute une éthique et une vision du monde ». Philippe Bordeyne (op cité) rappelle que « les normes sont supplantées par la quête du bien et du beau, dans une attention constante au sens et à la visée des actions humaines ».
Certes l’individu vit avec une histoire et une mémoire, à la fois individuelle, familiale et collective, mais il vit en marchant, en espérant, en cherchant et en communiquant, d’où l’importance du langage.
Ce qui est précisément l’inverse de ce que nous montre Haneke dans son film. Et
qui s’oppose à la définition qu’Eric Besson donne de l’identité nationale : « la foi en
l’émancipation des peuples, l’idée républicaine d’un citoyen éclairé, cartésien, qui a le culte de la République, qui est attaché aux trois valeurs de notre devise : liberté, égalité,
fraternité ». Non pas que ces mots soient en eux-mêmes choquants, mais parce qu’ils enferment tout individu dans le même moule, d’une idée préalable et d’une devise historique et ne
fait place ni à la diversité, ni à la modernité.. Cartésianisme figé ?
Place de la nation à Paris
L’identité nationale peut-elle être définie ?
On reconnait dans l’attitude du gouvernement « une politique selon laquelle une diversité, acceptable dans la sphère privée, ne doit pas l’être dans
la vie publique, sauf à s’accompagner d’un renoncement à ce que les personnes concernées identifient souvent comme une part d’elles-mêmes »
( Alain Renaut*). N’est-il pas tenté « par un vieux nationalisme qui érige en universel un modèle
identitaire particulier »(ib) ?
Or non seulement les individus sont uniques, multiples, « personnes et sujets »,
mais ils ne peuvent exister sans l’autre, auquel chacun se doit d’être ouvert, attentif. Ce besoin vital d’altérité s’impose à tout individu et le transforme constamment. Notre identité n’existe
qu’en relation ; elle est relation et langage.
L’autre est ainsi une richesse, une source permanente de découverte et de remise en cause
de soi.
Alors, dans ce contexte, l’appartenance à un pays est nécessairement ressentie très
différemment, le sentiment d’être partie prenante d’une nation revêt des formes très variables.
En conclusion, on citera Yann Moulier Boutang* : « Il existe des territoires géographiques, des cultures en France, des peuples au pluriel. Et si unité il y a, elle relève d’un pacte constituant à toujours
renouveler sur le plan politique ».
Si l’on parvient à définir « une » identité nationale , il devrait être évidemment question de mouvement, d’ouverture à la différence et donc de diversité,
d’accueil, de fraternité et de solidarité
Pascal Forbin
*Toutes les citations précédées d’un astérisque proviennent du dossier du Monde, du 7 novembre.
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